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Lutte contre la tique : place à l’agroécologie

On doit aux Américains, en 1942, l’introduction de la tique en Nouvelle-Calédonie et pendant des lustres ce parasite a fait des ravages dans les cheptels bovins. Durant des décennies, les éleveurs n’ont eu à leur disposition que des traitements chimiques. Mais aujourd’hui les choses sont en train de changer et l’on s’engage dans une approche agroécologique de la lutte contre la tique.

Il n’a jamais été possible d’éradiquer la tique, fléau de l’élevage calédonien, en raison notamment de l’adaptation rapide de ce parasite aux produits chimiques utilisés. De plus, la tique peut se développer sur d’autres animaux que les bovins, dont les cerfs, constituant ainsi des réservoirs au sein de la faune sauvage. Pendant très longtemps, les seuls outils de lutte mis à la disposition des éleveurs calédoniens ont été les traitements chimiques avec forcément des impacts environnementaux.

« Historiquement, explique Thomas Hüe, vétérinaire, en charge des recherches en parasitologie animale à l’IAC, depuis l’introduction des tiques on est sur des traitements chimiques. Mais nous sommes arrivés en fin de cycle du fait que les tiques ont développé des résistances aux produits, et par ailleurs, les industriels ne développent plus de nouveaux produits. Le principal traitement utilisé en Nouvelle-Calédonie n’est plus réellement efficace pour contrôler des tiques. C’est la raison pour laquelle il nous a été demandé de développer de nouvelles méthodes de lutte».

La lutte génétique

Pleinement conscients des limites sanitaires et environnementales de la lutte chimique, les éleveurs ont sollicité les institutions et les organismes de recherche pour les aider à trouver de nouvelles solutions. « Ils sont vraiment demandeurs, souligne Thomas Hüe. C’est pour cela que nous avons de bons retours parce que nous n’imposons pas une nouvelle méthode. » Et parmi ces méthodes plus respectueuses du cheptel, de l’environnement et des consommateurs, il y a la lutte génétique, dont l’Upra bovine est le moteur principal. « Au début des années 2000, explique Thomas Hüe, les éleveurs ont cherché à utiliser des races naturellement résistantes. Autrefois, le cheptel était constitué essentiellement d’animaux de races limousines et charolaises, mais une vraie politique d’importation, notamment de Brahmanes, a été lancée et en 20 ans, le profil des élevages a été considérablement modifié. »

Toutefois, les qualités bouchères ou de reproduction des races limousines et charolaises demeurent indispensables à la filière élevage. «Les éleveurs utilisent ces qualités pour faire des croisements avec les races résistantes à la tique, précise Thomas Hüe, et il est donc indispensable de maintenir ces races. Pour ce faire, les éleveurs ont bien conscience qu’il va falloir changer leur méthode de gestion et ne plus compter que sur les traitements chimiques. »

Une boîte à outils

Toujours dans l’optique d’opter pour une attitude agroresponsable face à la tique, d’autres solutions ont été travaillées.  « Au sein de l’IAC, ces cinq dernières années, précise Thomas Hüe, nous avons beaucoup travaillé sur la gestion du pâturage pour limiter les problèmes de tiques et c’est un volet qui marche vraiment très bien.» Et puis il y a le vaccin anti-tique. « Le but est de combiner différentes méthodes, de les associer au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui la lutte intégrée. L’association de ces différentes méthodes et la combinaison de leurs actions vont permettre d’avoir un meilleur contrôle de la tique. » Il faut savoir que, si les animaux vaccinés ont quand même des tiques, ces derniers qui se gorgeront du sang des animaux vaccinés vont moins pondre et moins se développer. À terme, cela va baisser la pression des tiques dans les pâturages et donc sur les animaux. « C’est pourquoi, même si le vaccin que nous avons développé n’est pas la solution miracle, il vient compléter la boîte à outils mise à disposition des éleveurs.»

La solution vaccin, dont les essais sont finis, est à l’étude depuis maintenant 10 ans. La phase de développement en laboratoire, en stabulation à la station zootechnique de Port-Laguerre, puis dans neuf élevages volontaires, est terminée. Et l’élaboration de ce vaccin est le fruit d’une très vaste coopération entre l’IAC, la province Sud, la DAVAR, la Chambre d’agriculture, le Syndicat des éleveurs et l’Agence rurale. « Nous travaillons actuellement sur la mise en œuvre d’un schéma de fonctionnement qui sera proposé aux éleveurs, explique Thomas Hüe, il y a en effet différentes contraintes d’ordre administratives et logistiques à régler. Mais pour l’heure, nous allons continuer à vacciner dans les neuf élevages dans lesquels nous avons mené toute l’expérimentation de terrain ces trois dernières années. Nous allons continuer de suivre la situation dans ces élevages, en attendant qu’on trouve une solution pour pouvoir proposer le vaccin aux éleveurs qui en feraient la demande. »

©IAC

À présent, l’UPRA-Bovine et l’IAC travaillent sur un projet financé par l’Agence rurale qui concerne la recherche de marqueurs, projet dont les premiers résultats devraient être connus en fin d’année. « L’idée, explique Thomas Hüe, est d’identifier au sein du génome des bovins de races limousine et charolaise s’il y a des gènes responsables de la résistance à la tique.

On regarde le génome des animaux sur lesquels on a fait des relevés, pour voir s’il y a une correspondance entre le génome et la résistance à la tique. Il nous faut savoir s’il y a des gènes qui sont responsables, si oui lesquels, et ensuite, dès la naissance de l’animal, proposer aux éleveurs des analyses qui leur diront si l’animal qui vient de naître sera potentiellement plus sensible ou plus résistant à la tique que les autres animaux».

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