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La lutte biologique contre le Brontispa à Ouvéa

Le groupement de défense sanitaire du végétal en Nouvelle-Calédonie, et ses partenaires, ont lancé un plan d’action visant à réduire les conséquences de la présence du Brontispa à Ouvéa sur les cocotiers et les palmiers. Cela passe par une lutte biologique en plusieurs étapes.

Le Brontispa est un insecte originaire du Sud-Est asiatique arrivé en Nouvelle-Calédonie dans les années 40. Son développement sur la grande terre a pu être maîtrisé grâce à la présence de son parasite naturel, même si parfois, notamment en raison des conditions climatiques, on a noté des périodes de recrudescence de la présence de ce ravageur.

Le Brontispa a été détecté plus récemment aux îles Loyauté, « sur Maré, explique Didier Pastou du Groupement de défense sanitaire végétal de la Chambre d’agriculture (GDS-V), le Brontispa a été détecté en 2013/2014, mais la pression sur les cocoteraies a été jugée comme gérable. De plus cette année, nous avons découvert la présence sur place de parasitoïdes qui, s’ils n’éradiquent pas le Brontispa, en limitent sérieusement les dégâts. » En 2018, c’est à Ouvéa que l’on signale la présence de ce nuisible.

Créer un équilibre

Le Brontispa s’attaque aux feuilles des cocotiers et des palmiers ce qui peut conduire à la mort de ces végétaux. Mais plus généralement, l’action néfaste de cet insecte conduit à une nette baisse de rendement des cocotiers. Or on connait le poids économique que représentent les cocoteraies à Ouvéa, la menace a donc immédiatement été prise très au sérieux. « En 2018, explique Didier Pastou, les habitants ont découvert le Brontispa sur une petite zone d’Ouvéa à Banutr. On a tenté de l’éradiquer sur la zone en abattant les cocotiers attaqués, mais à la mi-2019 on a découvert qu’une seconde zone était contaminée à Wadrilla, prouvant que la population de Brontispa s’était acclimatée et était désormais bien installée. »

Il a donc été décidé d’avoir recours à la lutte biologique. Elle consiste en l’introduction sur les zones infestées d’auxiliaires prédateurs ou parasites spécifiques du Brontispa. Ces auxiliaires participent à la régulation de la population du nuisible. L’objectif poursuivi est ainsi de restaurer un certain équilibre au sein de l’écosystème des cocoteraies et ainsi de faire baisser sensiblement et durablement les impacts du Brontispa. Selon la Chambre d’agriculture, « c’est une solution efficace qui a déjà fait ses preuves ailleurs pour protéger la filière coprah, essentielle pour l’économie de l’île. »

Miser sur le temps

L’introduction de ces auxiliaires déjà présents sur la Grande Terre nécessite que l’on s’arme de patience. Il faut en effet que leurs populations s’installent dans l’écosystème, ce qui peut être très rapide comme prendre plusieurs années. À Ouvéa, trois lâchers de ces auxiliaires sont programmés, le premier a eu lieu en juin et les autres sont prévus en septembre et décembre. « À Ouvéa, la zone infectée est centrale, explique Élise Cazal, coordinatrice Arbofruits P.IL.L., ce qui peut poser problème si jamais il y a un transfert vers les zones du sud et du Nord de l’île. Une surveillance a été établie sur Ouvéa par un de nos techniciens qui est en permanence sur place, pour organiser les lâchers de parasitoïdes, et contrôler s’il y a ou non moins de Brontispa et donc de dégâts sur les cocotiers. »

Dans le même temps, une action d’information et de sensibilisation des populations a été orchestrée. « En partenariat avec l’ASBO, nous avons eu plusieurs réunions d’information avec la population, explique Élise Cazal, nous l’avons sensibilisée au fait de ne pas transporter de feuilles ou de coco. Ce qui a eu un effet puisque la zone infectée ne s’est pas agrandie. De plus, les habitants d’Ouvéa jouent eux-mêmes le rôle d’observateurs et alertent notre technicien sur place. » Il est également prévu de former à la lutte biologique des techniciens originaires des îles Loyauté.

Le groupement sanitaire du végétal en Nouvelle-Calédonie

Créé en 2011 au sein de la Chambre d’agriculture, le groupement sanitaire végétal (GDS-V) réalise plusieurs activités. « C’est un service technique de la Chambre d’agriculture, explique Didier Pastou, qui regroupe plusieurs associations et coordonne des actions en matière phytosanitaire. Il réalise notamment au profit des agriculteurs de l’épidémio-surveillance pour la détection et la prévention des risques phytosanitaires. On travaille en réseau pour collecter des données et des informations. Chaque année un comité technique sanitaire se réunit pour examiner la situation, dresser des bilans et des perspectives. » Le GDS-V travaille avec des partenaires que sont les organismes scientifiques, les associations et les collectivités. Dans le cadre de la lutte contre le Brontispa à Ouvéa sont mobilisés : l’Agence rurale, la Chambre d’agriculture, la province des Îles, la mairie d’Ouvéa, l’association de sauvegarde de la biodiversité d’Ouvéa (ASBO), Arbofruits, le SIVAP, l’IRD et l’IAC. En 2020 les opérations se feront sur financement de la province des Iles

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